La ligne Bx – La Teste

C’est un notaire bordelais, Charles Godinet, qui eut le premier l’idée d’une ligne de chemin de fer entre Bordeaux et La Teste, alors que ce mode de transport est encore très rare dans notre pays. A Bordeaux la gare fut prévue à la rencontre de la rue Lecoq et du cours d’Albret, exactement où se trouve aujourd’hui la station de tramway “Palais de Justice”.

Finalement elle fut placée à l’angle de la rue de Pessac et de la rue des Treuils. Une halle en charpente entretoisée de tirants métalliques abritait trois voies et deux quais. Cette installation était l’une des plus belles de France à cette époque. Sur la gravure ci-dessous on peut remarquer que les quais sont très hauts, arrivant au niveau du plancher des voiture, reprenant en cela la disposition adoptée par l’Angleterre, où le train est né. Le bâtiment à droite est la remise pour les machines, où elle entrent et sortent par une plaque tournante.

Ségur (1841 - 1863)A gauche de la gravure se trouve la route de Pessac. Immédiatement en arrière de la halle passe l’actuelle rue des Treuils, qui n’était à l’époque qu’un chemin bordant l’extrémité ouest des vignobles du quartier St-Genès. La vue directe de la Cathédrale, que l’on aperçoit dans l’axe de la voie, confirme que tous les terrains intermédiaires n’étaient plantés que de vignes et quelques prairies.

Ch anciens talus Talence Médoquine

La voie ferrée vers La Teste partait à l’ouest, et elle a laissé à Talence un tracé que l’on distingue très facilement aujourd’hui : la rue Emile Zola, suivie d’une rue au nom particulièrement explicite puisqu’elle s’appelle “Chemin des anciens talus”. Le grand rayon de courbe montre qu’il longeait la voie, étant probablement bordé de vignes (nous sommes non loin du Haut-Brion). En poursuivant le tracé on entre dans la rue Paul Bert, en ligne droite vers la gare de Talence-Médoquine, à partir de la quelle on retrouve la ligne vers La Teste, qui conduit aujourd’hui à la fois vers Arcachon et vers Irun.

Mais passé le temps de l’euphorie, il fallut se rendre à l’évidence : hors de la période estivale, la ligne n’était pas rentable, malgré le trafic marchandises d’huîtres et de poisson pour lesquels elle avait été créée. Placée sous séquestre en 1848, la Compagnie de Bordeaux-La Teste espère s’en sortir en visant la prolongation de la ligne vers Bayonne. Mais les frères Péreire ne l’entendent pas ainsi : ils viennent de fonder la Compagnie du Midi, et celle-ci absorbe la ligne en 1853.

La gare est alors condamnée, et conservera quelques temps un petit trafic de marchandises et des ateliers d’entretien.

Reste-t-il quelque chose de la Gare de Ségur ? Lorsque l’Etat édifia la Caserne Boudet en 1863, les militaires ne conservèrent que la remise des machines, mais en ayant muré l’arche d’entrée et ayant percé la façade de portes et des fenêtres, le bâtiment était devenu fort banal. Lors de la construction de la Résidence “Le Colonel” en 2003, l’ancienne halle fut détruite au mois d’octobre de cette année. Quelques pièces éparses furent soigneusement rangées sur le chantier : élément de charpente en bois, éléments métalliques, et quelques pierres. L’une de ces dernières a été gardée dans le parking de la résidence, avec une plaque en souvenir. Mais concernant les pièces de bois et de métal, un ouvrier présent affirma : “C’est gardé pour la Mémoire de Bordeaux”. Chose assurément fort improbable ! Et même si l’origine de ces pièces n’est pas très claire (la construction en métal riveté était inconnue en 1841), il serait bon de comprendre leur devenir : réservées pour qui et pour quoi ?… Qui saura élucider ce mystère ?…

vestiges Ségur 2

vestiges Ségur 1
Elements mis de côté en 2003 lors de la démolition de l’ancienne remise des locomotives de la gare de Ségur.