Bordeaux-Benauge

“Bordeaux-Benauge”, ce n’était pas qu’une gare. Certes le bâtiment des voyageurs était le point de repère essentiel du site, mais on trouvait tout autour diverses installations apparues à des époques différentes :

  • le passage-à-niveau de La Benauge
  • le départ de la ligne de Bordeaux-Eymet
  • la bifurcation des directions Paris et Nantes
  • le raccordement de la gare d’Orléans
  • le raccordement de la gare de l’Etat
  • le tiroir de manœuvre de l’Etat
  • l’embranchement de l’usine Cacolac

Lorsqu’on considère le vide intégral qui a remplacé ces installations, il y a de quoi rester songeur sur l’évolution des transports en un demi-siècle. L’actuel projet de re-création d’une ligne de transports en commun à travers La Bastide, au regard des démolitions successives, laisse un goût un peu amer… Quelle est la bonne politique de transports ? Celle des années 50, ou celle d’aujourd’hui ? Mais revenons à l’Histoire…

En 1860 la Passerelle est construite. Durant une année c’est un simple raccordement, filant en ligne droite jusqu’à La Benauge, puis s’incurvant en direction de la Gare d’Orléans (aujourd’hui Mégarama). Les trains venant de la Gare St-Jean se retrouvent ainsi à faire un tête-à-queue pour partir vers Paris. Aussi, dans le même temps, réalise-t-on un raccordement direct de la Passerelle vers les tunnels de Lormont. Il ouvre en 1861, coupant la route vers Cenon (rue de la Benauge côté Bordeaux, et cours Gambetta aujourd’hui côté Floirac) donnant naissance au passage-à-niveau de La Benauge, devenu fameux en raison de son importance.

En 1873 la création de la ligne de Bordeaux à La Sauve implante une gare en contrebas de La Passerelle, entre le pont et la rue Marcel Sembat, au bord du quai de la Souys. Cette situation lui vaut d’ailleurs le  nom de “Gare de Bordeaux-Passerelle”. La ligne partait parallèlement à la ligne de Paris, puis s’incurvait à 90 ° en direction du sud-est, vers La Souys. A La Benauge, cette courbe frôlait la ligne de Paris : la nécessité d’une interconnexion est un évidence. La ligne Bordeaux-Passerelle – La Sauve devient propriété de la Compagnie des Charentes en 1874, puis du Réseau de l’Etat en 1878. Aujourd’hui encore la vue aérienne permet deviner la trace d’un embranchement direct depuis Bordeaux-Passerelle vers Paris, que l’une des deux compagnie aura fait établir.

Mais en 1883 le P.O. récupère la ligne, et modifie le raccordement : il est établi en prolongement du raccordement circulaire de la Gare d’Orléans, en croisement de la ligne de Paris sur le passage-à-niveau de La Benauge. Ce qui permet au P.O. d’établir des circulations de Bordeaux-Bastide (Gare d’Orléans) à La Sauve.

Ainsi le Réseau de l’Etat vient de perdre ses installations à Bordeaux, et ne peut plus parvenir à cette ville que par les gares d’Orléans et du Midi, ce qui lui impose de payer des redevances à ces deux compagnies. Il décide donc de construire en 1878 sa propre gare sur le Quai Deschamps (emplacement des pompiers de La Benauge). Le raccordement de cette gare à la ligne de Paris ne peut être fait qu’à La Benauge. En raison des autres raccordements préexistants, la conclusion s’impose : le réseau de l’Etat doit simultanément construire une gare de raccordement, même si le bâtiment se trouve en fait sur un raccordement Midi-P.O. ! De fait, en 1878, l’installation est mixte Midi-P.O.-Etat.

 

Mais la Gare de Bordeaux-Etat est en impasse. Pour pouvoir passer un train complet en direction de la Gare St-Jean, il faut d’abord le tirer au delà de l’embranchement. On installe donc une voie “en tiroir” qui arrive jusque devant la cour de la gare de La Benauge, enclavant celle-ci par rapport au quartier.

Dans les années 30, au même emplacement, s’ajoute l’embranchement privé des usines Cacolac.

Les installations sont alors assez simples, mais le trafic est intense : la Gare de La Benauge voit passer les trains reliant Paris et Bordeaux St-Jean ; Nantes et Bordeaux-Etat ; Eymet et Bordeaux-Bastide (gare d’Orléans) ; et quelques rames entre cette dernière gare et Bordeaux-Passerelle ainsi qu’entre Bordeaux-St-Jean et Bordeaux-Bastide.

Mais la grande époque du chemin de fer prend fin…

En 1938 la toute jeune SNCF ne voit pas l’intérêt d’avoir une gare de chaque côté de la Garonne, la gare de Bordeaux-Bastide, ex Orléans, réduit le trafic voyageurs à peu de choses. En 1951 le trafic voyageurs est définitivement abandonné pour les gare de Bordeaux-Bastide (Orléans) et Bordeaux-Passerelle, et la ligne de cette dernière est coupée à partir de Sauveterre. En 1954 le raccordement vers la Gare d’Orléans est supprimé pour laisser place à la rue Galin. En 1987 l’ex ligne de La Sauve est coupée à partir d’Espiet.

La gare de Bordeaux-Benauge connaissait encore quelques dessertes de trains régionaux, et quelques arrêts de trains de grandes lignes. En 2007 la mise en service de la Halte de Cenon entraîne sa fermeture.

La Gare de Bordeaux-Benauge vue d’une machine à vapeur en 2007 (extrait d’une vidéo).
Vue de l’intérieur de la gare de Bordeaux-Bastide quelque jours avant sa démolition. La “palette” du chef de gare est conservée par notre association.

En 2011 la gare est détruite.

Il n’en subsiste que l’une des inscriptions, sauvée grâce à l’initiative d’ingénieurs de RFF, relayée par une coordination entre un membre de notre association et Mme Agnès Vatican, alors Conservatrice des Archives Municipales, lesquelles aujourd’hui en assurent encore la préservation. Gageons qu’un jour nous pourrons redonner une visibilité à ces reliques.