La Halle des Magasins Généraux

Lorsque la Compagnie de Paris à Orléans établit sa gare à La Bastide en 1852, les Magasins Généraux possèdent quatre gigantesques entrepôts sur les quais de Queyries (entrée de la Caserne Niel). Un seul est parvenu quasiment intact jusqu’à nous, c’est celui qui héberge aujourd’hui le projet Darwin.

A gauche du grand portail d’entrée la façade du bâtiment arbore une proue de navire. A droite, sur une façade identique, figurait autrefois l’avant d’une locomotive. Le fleuve et le rail… tout un symbole.

Car les Magasins Généraux ont bien compris l’intérêt du chemin de fer. C’est pourquoi ils font immédiatement édifier une halle à marchandises dont le volume est spectaculaire. En effet, une halle ferroviaire normale n’est constituée qu’en rez-de-chaussée pour un stockage très bref. Les Magasins Généraux, eux, devaient par contre stocker sur le moyen terme (notamment les marchandises “warrantées”, c’est-à-dire déposées en garantie).

Halle des MG, façade
La Halle des Magasins Généraux de Bordeaux Bastide. En 2003 le bâtiment révèle encore ses lignes et proportions magnifiques.

La guerre de 1870 est, pour l’Armée, impulsée par le Maréchal Niel, le prétexte qui va permettre de réquisitionner les Magasins Généraux. Ceux-ci se replient alors sur la Halle. Si, à l’origine, celle-ci voyait les wagons manœuvrés par des chevaux (ce qui se faisait dans toutes les gares), il fallut alors voir plus grand, et on modernisa l’embranchement pour y faire entrer des trains tractés par des machines.

En 1900 le Compagnie du P.O. est saturée de marchandises. Elle rachète la halle des Magasins Généraux ainsi que toutes les voies attenantes. A partir de ce moment, tout les terrains des Queyries, qui étaient jusque là des vignobles pourvues de leurs maisons de maîtres et de leurs chais, vont être progressivement bordés d’usines, tandis que des voies ferrées s’insèrent entre les parcelles de vigne.

Cet heureux mélange des genre signe la fin de la production viticole de La Bastide. En 1920 les voies ferrées et les usine menacent les derniers hectares de vigne. En 1940 tout est converti, le quartier est industriel, les voies ferrées desservant les usines et les quais forment une toile d’araignée d’une densité véritablement extraordinaire. Tout cela ne durera que peu de temps.

Peu avant la Seconde guerre mondiale l’activité du faisceau de voies est à son apogée. Dans les années 50 le dépôt des autorails de Bordeaux est installé exactement là où se trouve aujourd’hui le dépôt du tramway. A cette époque les dernières maisons de maîtres des anciennes propriété viticoles des Queyries existent encore…

Puis l’activité subit une baisse régulière, tandis que la Gare d’Orléans n’est plus que l’ombre d’elle-même, et que seule subsiste une activité fret, mais plus pour longtemps. Pendant des années encore, la SNCF continuera de désigner la Halle et son faisceau par le terme de “Magasins Généraux”.

SNCF-Magasins-Généraux Bordeaux
Dernier vestige de l’activité SNCF à la Halle des Magasins Généraux de La Bastide.

En 2001, la Halle reçoit son dernier train : il s’agit d’une rame de wagons plats portant les premiers rails du tramway de Bordeaux, reçus lors d’une cérémonie qui ne semble guère avoir laissé d’images. On peut le regretter… La Halle abrite alors toutes les fournitures nécessaires au chantier du tram. A l’intérieur se trouve une relique : un “poulain”, sorte de brancard servant à charger les tonneaux de vin dans les wagons… Les ouvriers qui travaillent sur le site ne cessent d’admirer l’extraordinaire ossature en charpente qui rempli le volume de la bâtisse. Ils seront quasiment les derniers à l’avoir vue.

PO Halle MG int charpente1

PO Halle MG int quai gauche2

PO faisceau halle 2003
Septembre 2003 : la halle est encore environnée d’activités ferroviaires, mais plus pour longtemps.

En 2007, dans le but de susciter l’intérêt de la Ville de Bordeaux pour le bâtiment, une présentation de la Halle est faite devant plusieurs chefs des services municipaux. Un CD-ROM avait été spécialement réalisé pour l’occasion.

CD-Rom ayant servi de base, en 2007, à la présentation de la Halle des Magasins Généraux à plusieurs chefs de services de la Ville de Bordeaux. Ce fut le point de départ de sa sauvegarde.

Agnès Vatican, alors Directrice des Archives Municipales, choisit la Halle comme futur siège pour son service qu’on savait à l’étroit depuis longtemps… Mais la nuit même précédent l’annonce officielle, un incendie ravage la Halle ! La splendide charpente, le monte-charge en bois, la glissière de descente, les persiennes typiques… tout à disparu, il ne reste que les quatre murs. Les commentaires vont alors bon train : il faut dire que d’autres incendies avaient déjà frappé des bâtiments ferroviaires abandonnés par le passé (ex Gare d’Orléans, ex halle marchandise de Bordeaux-Deschamps).

incendie entrepots bastide

En 2013-2014 les travaux de transformation sont effectués. La géométrie originale de la Halle est en quelque sorte “avalée” par des volumes supplémentaires, mais la Halle reste compréhensible si on la regarde depuis le sud-est.  Inversement, côté nord-ouest, une aile perpendiculaire fait disparaître son caractère ferroviaire.

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La rénovation du bâtiment avait prévu la conservation de rails dans le glacis, afin de rappeler le passé ferroviaires de la Halle. Malheureusement, les suggestions faites en temps voulu n’ont pas été entendues, alors qu’elles auraient permi une valorisation largement plus évocatrice.
Il s’agissait de la partie nord du faisceau, enchassé dans le pavé. En mai 2011, lors d’une visite organisée par les Archives Municipales, l’endroit avait suggéré à une élève de l’Ecole Nuyens cette phrase  : “C’est beau, les rails !”. La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Les architectes feraient bien, parfois, de les écouter.

Visite de la Halle des Magasins Généraux avec Cyrille Lopes (Archives Municipales) et Alain Cassagnau, ci-dessus. Au centre de l’image, une fillette regarde à ses pieds et fait ce constat : “C’est beau, les rails !”.